Le silence est au cœur du texte
Il le précède, il le suit, il est aussi dedans : par les blancs, les points de suspension, les allusions, ce qui est « retenu » mais donné à entendre comme tel.
Le silence est une expérience humaine cardinale. Nous en venons, nous y reviendrons. Et toute notre vie en est traversée, tissée.
Nous taisons tous l'essentiel, écrit Christian Garcin en préface à ses Vidas. Nous croyons nos vies constituées d'événements, quand ce sont les instants d'absence, les fragments oubliés, qui les forment et le nomment. Par exemple un ongle rongé, le souvenir d'un chien, la cendre d'un regard, une odeur, un cri. L'écriture, la poésie plongent leurs racines dans ces failles, dans les instants proscrits, ceux que la mémoire réfute. Dans le silence qui enrobe les êtres, inextricable, profond, difficile à déchiffrer. Qui se nourrit de l'éloignement, de l'oubli, de l'immobilisme des images. Qui prospère à notre insu.
Silence des familles, silence de l’Histoire
En dépit de son universalité et de son singulier (« LE » silence), nous avons chacun notre expérience particulière, irréductible, du silence, chacun notre rapport particulier au silence.
En dépit de son apparence unique, (une « absence de »), le silence est l’expression de phénomènes divers, complexes et enchevêtrés. Il peut être causé par l’autre qui opprime, au niveau familial, social. Un être étend son empire sur un ou plusieurs, plusieurs milliers d’autres, les empêche non seulement de parler, mais parfois même d’éprouver des émotions, de se souvenir.
L’art ne restitue pas le visible, il rend visible
Autre forme encore de silence, champ de prédilection des écrivains : celui du langage. Dans sa fonction utile de communication, le langage ordinaire se passe de finasseries. Nous voilà débordants d’émotions et incapables de nommer des choses aussi essentielles que notre relation à l’autre. Amour ? Amitié ? Attachement ? Combien de pages n’a-t-il pas fallu écrire, et ne faudra-t-il pas encore écrire, pour dépasser ces pauvres mots et toucher notre réalité !Et bien heureux quand quelques mots flottent, bouées sur la mer de nos émois obscurs. Parfois, il n’existe aucun mot. On sait que des raisonnements entiers passent parfois dans nos têtes instantanément sous forme de sortes de sensations qui ne sont pas traduites en langage humain et d’autant moins en langage littéraire. (Dostoïevski, Une vilaine histoire)
Au cours de ce stage, nous explorerons diverses « figures du silence », et nous attacherons à résoudre la question centrale pour tout écrivain : comment ça peut-il se dire ? Sous quelle forme ?
Nous retraverserons à cette occasion la bibliothèque pour découvrir ou retrouver les inventeurs de formes qui irriguent notre littérature contemporaine.


