Florilège
A l'issue d'un atelier, les textes ressemblent souvent à leur auteur, ce qui témoigne d'une réelle avancée sur le "chemin de l'écriture", mais ils ne présentent pas tous le même intérêt littéraire.
Comment définir "l'intérêt littéraire" ? Qu'est-ce que la littérature ? Vaste question ! Bien sot celui qui prétend y répondre !
Contentons-nous d'une sorte de "preuve par les effets" : un texte littéraire ne profite pas seulement à son auteur, il peut avoir été produit malgré lui, voire contre lui, en tout cas, il lui échappe et se révèle porteur de sens pour de simples lecteurs, totalement étrangers à sa production.
Je suis un de ceux-là et n'ai pour preuve de la qualité littéraire des textes présentés dans ce florilège que l'effet qu'ils m'ont fait...
Chaque mois, sur cette page, on pourra lire un texte qui m'a semblé spécialement abouti. Joseph Périgot
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Couple cherche jeune homme par Lewis Chambard |
C'est un salon très luxueux, chargé, alourdi de meubles, de tapis et d’objets qui clament haut-et-fort la classe sociale à laquelle mes hôtes appartiennent. Ici, pas question de bon goût ni d’harmonie. La seule splendeur recherchée est celle de l’accumulation des richesses. Chaque chose ici crie sa solitude, son étouffement dans ce décor où des tableaux de peintres illustres côtoient les babioles les plus hideuses – mais hors de prix, sans doute.
La femme me fait asseoir sur le fauteuil le plus éloigné de la porte, à côté de la grande fenêtre. Elle s’installe dans le fauteuil opposé tandis que son mari se place sur celui du milieu. Les fauteuils sont positionnés sur le même axe, de sorte que si nous pouvons tout-à-fait nous regarder dans les yeux, nous pouvons aussi éviter tout contact visuel d’une manière qui semble naturelle – en fixant le mur et les étagères face à soi. Au début, c’est ce que je fais.
— Merci d’avoir répondu si vite, me dit la femme.
Je dis : je vous en prie.
Elle dit : vous prendrez bien un verre de gin.
Sur une petite table derrière son fauteuil, il y a une bouteille de gin et deux verres de cristal.
Elle dit : mon mari ne boit pas.
Il dit : ça m’assomme.
Je regarde les étagères face à moi. On a placé au sommet de l’une d’elles une cloche de verre assez haute sous laquelle sont entremêlées des sortes de branches d’arbres. Entre leurs feuilles, se tiennent deux moineaux, immobiles l’un contre l’autre.
— Il s’agit d’un des plus vieux automates encore en état de marche, me dit la femme. Il date du XVIIIe, je crois. Robert, va l’activer.
Le mari se lève, va jusqu’à l’automate et tourne une petite clé qui enclenche le mécanisme. Les moineaux se mettent à sauter de branche en branche en battant des ailes, sautillent durant quelques minutes à la même vitesse avant de ralentir progressivement pour retourner à leur place initiale, cachés par les feuillages.


Au gré de l'