"Chaud devant !"
La librairie des ateliers

Icone librairieLes textes de qualité littéraire y ont leur place. Ils ont été choisis par Joseph Périgot, écrivain, éditeur numérique. Ils peuvent être utilisés à des fins non commerciales dans le respect de la licence Creative Commons.

Mes "apartés"

PolichinelleAu gré de l'actualité et des travaux en cours, quelques textes "entre nous". Ces textes d'humeur peuvent être utilisés à des fins non commerciales dans le respect de la licence Creative Commons.

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Trouver son chemin en écriture

 

"Les mots que l’on prononce ne sont pas les mots qu’on écrit. Autre syntaxe, autre monde. La page est imprononçable", dit Pascal Quignard.
Ne pas écrire, c’est ignorer à jamais cette langue en nous, imprononçable. Ne pas écrire, c’est renoncer à découvrir, en soi, le moi qui parle cette langue. Ne pas écrire, c’est s’amputer d’une part de soi.
Mais l’écriture fait mal. On a parfois douloureusement appris à tracer les signes, et plus douloureusement encore les règles de l’orthographe. On a aussi désappris que le « sujet », c’est moi, en intégrant la grande peur d’être « hors sujet ».

Le moi écrivant

Trace de pneus sur la plageÉcrire engage l’être tout entier, et avec lui son histoire, ses rêves secrets, une liberté conquise. Mais l’école a dès l'origine installé au cœur de l’écriture des normes, grammaire, orthographe, "beau style". La norme guide l’écolier lancé dans une rédaction, une dissertation : attention à ne pas parler de soi, mais à commenter des textes, des idées, dans le cadre strict du sujet indiqué. Ainsi apprend-on comment taire… le sujet.
Car d’autres normes attendent l’enfant à la sortie des classes : se conformer aux usages, ne pas laisser libre cours à ses émotions, les contrôler au contraire, les mater, les enfouir, pour acquérir enfin un comportement conforme, policé. Les normes particulières de la famille achèvent de brider la « nature sauvage » du petit d’homme, pour en faire une réplique, un continuum parfait.

Et voilà qu’au sein même de cette organisation serrée surgit ce diable de désir d’écrire. Un désir qu’il va falloir, lui aussi, désincarcérer de la norme (être publié, devenir célèbre, passer à la télé avec BHL). Un désir qu’il va falloir interroger pour comprendre ce qu’il veut, de quoi, vers quoi il tend, ce désir d’écrire. Qu’est-ce que je cherche, en noircissant de mots des pages et des pages ?
À devenir à mon tour singe savant ?
À ouvrir en moi la porte à un autre moi, moins civilisé mais chargé d’énergie vitale, qui a été bouclé au placard et rendu muet ?
Chaque écrivain élabore en écrivant sa réponse. Chaque écrivant, dans l’atelier d’écriture, invente de texte en texte son chemin d’écriture.

Trouver son écriture singulière

Dans le sableL’atelier d’écriture est un dispositif qui a d’emblée été pensé en fonction des obstacles placés sur le chemin de l’écriture. Tout y est fait pour faciliter le passage vers l’écrit, y compris pour ceux qui sont « bloqués », rongés par le silence, confrontés à l’invasion terrible du muet.

Il faut avoir éprouvé ce silence pour pouvoir aider l’autre à l’apprivoiser. L’écrivain sans cesse y est confronté, j’y suis confrontée. Et cette expérience nourrit mon travail dans l’atelier.