Des ateliers d’écriture ont été mis en place à l'Université Vauban de Nîmes, dans le cadre de la licence de lettres modernes, en septembre 2006. Trop rares encore sont les responsables de filières Lettres à oser se risquer dans ce domaine, classique aux Etats unis depuis la fin des années 50 sous le nom de writer’s workshop. Pourtant, comment comprendre de l’intérieur la littérature si l’on ne se frotte pas soi-même à l’écriture ?
C'était à Trappes, dans le cadre d’un festival initié par le théâtre municipal, me semble-t-il, le festival Banlieues’arts, à une époque où les pouvoirs publics mettaient encore des moyens et de l’argent pour la culture dans les banlieues dortoir, repoussoir, mouroir. Les élus avait un rien d’intelligence du coeur, en ce temps-là, un rien d’intelligence tout court.
Leur idée, c’était d’envoyer pendant une année complète des artistes (deux cents, si mes souvenirs sont bons) danseurs, écrivains, chanteurs, peintres, ouvrir dans le béton des fenêtres sur des cieux respirables.Pendant plusieurs années de suite, j’ai participé à Banlieues’arts. J’allais dans les établissement scolaires, j’animais des ateliers d’écriture. Cette année-là, c’était un lycée professionnel. Je ne me souviens plus comment est venue l’idée de travailler avec Christian Bourigault, le chorégraphe. Je n’avais pas envie de faire un livre avec les textes de l’atelier, cette année-là, mais plutôt de faire un truc inattendu.
C’est comme ça qu’on s’est retrouvés à Port-Royal –Port-Royal, l’abbaye dirigée par la soeur de Blaise Pascal, établissement janséniste qui déplût si fort au roi qu’il le fit entièrement raser, sauf ce qu’on appelle aujourd’hui les Granges, sauf les communs. Les jeunes de l’atelier, Christian, et moi, on s’est retrouvés dans ces lieux encore vibrants de pensée, de résistance. C’est là que Jean-Michel Papazian est venu nous filmer. De beaux moments. Il en a manqué un dont je me souviens bien. C’est quand j’ai lu, assise sur le puits où Blaise Pascal avait écrit, dit-on, les pensées, le texte intitulé les deux infinis. Dans le texte du XVIIè, sans en changer un mot ni une virgule. Et dans un silence passionné.
Après on a un peu discuté, comme on s’ébroue, Dieu, le néant, notre éphémère. Et Ali (le grand Ali qu’on voit dans le film) a conclu : « Balèze, Blaise ! »
"J'écrivais depuis des années, j'écrivais toute seule dans mon coin et, un jour, je me suis dit que ça ne pouvait pas continuer comme ça, que j'avais besoin, d'abord, de rencontrer des gens qui faisaient la même chose que moi... J'avais entendu parler des ateliers d'écriture en général, vaguement, et un jour je me suis dit: il faut que j'y aille..."